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Plus d’égalité femmes-hommes renforce la masculinité ?

Vous avez sûrement déjà entendu qu’il était normal qu’une femme réagisse ainsi car… c’est une femme. Les stéréotypes sur les personnalités féminines et masculines ont toujours libre cours. Ainsi, les femmes seraient plus douces, plus sensibles, plus délicates et plus persévérantes tandis que les hommes seraient plus rationnels, entreprenants, courageux et agressifs.

Ça se mesure une personnalité ?

Mais que nous dit la science sur le sujet ? Il est possible de mesurer la personnalité avec des outils éprouvés par des chercheurs et qui présentent donc une bonne validité interne, externe et une bonne fiabilité. L’outil le plus connu est le Big Five ou OCEAN car il a été repris par un grand nombre de cabinet de recrutement et de consulting. D’un point de vue académique, il tient bien la route, on va donc se baser dessus.

Pour mesurer la personnalité, la démarche est (relativement) simple : on s’appuie sur un questionnaire bien valide (donc on le modifie pas au feeling :)). Le questionnaire du Big Five est décomposé en 5 dimensions qui sont elles-mêmes décomposées en sous-dimensions puis en items. Chaque item est une phrase pour laquelle la personne interrogée devra donner son degré d’accord (pas du tout, plutôt pas, plutôt, tout à fait d’accord, par exemple). Ensuite, le chercheur fait des scores par sous-dimensions et par dimensions et tadam ! Vous avez une carte de votre personnalité.

Dans le Big Five, les 5 dimensions sont le névrosisme, l’ouverture à l’expérience, le caractère consciencieux, l’extraversion et l’agréabilité. (Je ne détaillerai pas dans cet article les sous-dimensions mais une formation vous proposera de les découvrir bientôt en détail.)

Des différences de scores entre hommes et femmes ?

Venons en à notre sujet : existe-il vraiment des différences significatives de scores entre les hommes et les femmes en général ? Et bien… Oui !

Les femmes ont des scores plus élevées sur le névrosisme et l’agréabilité. De là à dire qu’elles sont par essence plus émotives, plus gentilles, plus sensibles et plus coopératives, il n’y a qu’un pas… que certains franchissent allègrement ! Alors oui, on observe bien des différences significatives dans les scores mais cela définit-il l’essence des hommes et des femmes ? Disons que c’est un peu plus compliqué !

Des différences génétiques ou sociales ?

Pour expliquer ces différences, deux théories s’opposent : d’une part, les théories évolutionnistes défendent l’idée que nos comportements et cognitions, comme celle de tout espèce animale, sont encodés depuis des millénaires et sont encore soumis aujourd’hui à des mécanismes ancestraux. De son côté, la théorie sociale défend l’idée que nos comportements et cognitions sont des résultantes de la société et de la culture au sein de laquelle nous évoluons. Dans le premier cas, nos destins sont écrits, dans le second, l’histoire reste à écrire. Évidemment, il est très difficile de démêler les origines de nos différences et la vérité se situe sûrement entre les deux mais tout de même, un moyen intéressant est de regarder s’il existe des différences selon les pays du monde. Si les différences femmes/hommes sont construites par la société et la culture alors on devrait retrouver des variations à travers le monde. En revanche, si les différences femmes/hommes sont génétiques ou biologiques alors il ne devrait pas y avoir de différences selon les pays ou les cultures.

Des différences plus marquées dans les pays plus égalitaires

Les études qui se sont penchées sur ce sujet convergent pour dire qu’il y a effectivement des différences de ces différences dans le monde ! (Vous suivez ?) Ce qui conforte l’hypothèse que les différences de genre sont construites culturellement et socialement. D’une façon générale, les différences femmes-hommes sont plus marquées dans les pays dits développés. Ce résultat pourrait s’expliquer par le fait que ces pays sont aussi plus individualistes ce qui laisse plus de place pour exprimer sa personnalité. D’ailleurs, on observe aussi plus de variations des personnalités au sein du groupe « hommes » d’une part et au sein du groupe « femmes » d’autre part dans ces pays. Ainsi, les différences individuelles s’y expriment plus.

D’autres chercheur.euses ont relié, de manière plus étonnante, ces variations femmes/hommes plus fortes à l’égalité femmes-hommes institutionnalisée dans ces pays (comme la France). Ils ont créé un index de l’égalité femmes-hommes dans les pays basé sur les rôles genrés, l’éducation genrée et l’égalité socio-politique entre les genres. Bon selon cet index, la France est parmi les plus égalitaires. Évidemment, la situation est bien moins dramatique qu’ailleurs mais nous sommes quand même loin de l’égalité. A partir de cet index, ils ont mis en évidence que plus un pays est égalitaire, plus les différences de personnalité entre femmes et hommes sont fortes. En réalité, ce sont les hommes qui se démarquent en scorant encore plus bas sur les dimensions de la personnalité habituellement hautement scorées par les femmes (le névrosisme et l’agréabilité).

Ce résultat laisse à penser que lorsque l’égalité se renforce d’un point de vue institutionnel alors, les hommes tentent de marquer la différence à un niveau individuel ou plus micro. Cette explication des résultats serait à approfondir mais elle pourrait offrir des clés de compréhension aux phénomènes comme les boy’s club (voir aussi en anglais cet article récent). Cela signifierait que l’égalité mise en place au niveau macro par la législation entraînerait une sorte de ré-équilibrage de la dominance au niveau individuel ou micro. Ce n’est pas très réjouissant pour l’égalité femmes-hommes mais cela montre aussi que le combat pour l’égalité femmes-hommes doit se faire à tous les niveaux de la société.

A cet égard, les « girl’s club » au niveau les plus élevées des organisations mais aussi dans les autres sphères peuvent être une réponse. La sororité chère aux féministes a intérêt à regagner ses lettres de noblesse partout dans la société ! Dans le même temps, des solutions devront être trouvées pour une bonne cohabitation femmes/hommes dans les sphères publique et privée. Le fondement de cette bonne cohabitation devrait être l’épanouissement de chacun.e par l’expression de sa personnalité propre, indépendamment des stéréotypes liés à son genre. Cette proposition semble relever du bon sens. Toutefois ses implications, comme l’acceptation de l’expression de traits « féminins » chez les hommes, est encore loin d’être évidente.

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