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Pourquoi les femmes auraient intérêt à investir ? (spoiler: parce qu’elles sur-performent)

L’investissement financier est une affaire d’hommes, vous le saviez ?

Quelques chiffres pour vous en convaincre :

  • 23% des femmes font des investissements financiers contre 37% des hommes*
  • Les femmes se fixent des objectifs financiers moitié moins élevés que ceux des hommes
  • Elles sont deux fois plus susceptibles d’ « avouer » leur ignorance en matière d’investissement
  • Leur tolérance au risque est deux fois plus faible que celle des hommes : 13 % d’entre elles veulent éviter les pertes et 25 % optent pour des investissements à risques élevés alors que seulement 6 % des hommes évitent les pertes et 47 % choisissent des investissements à haut risques.

Un accès récent aux produits financiers

Cette faible appétence des femmes pour la finance a sûrement un lien avec notre société qui a longtemps considéré les femmes comme « inaptes » (oui, carrément !). Ainsi, elles ne sont autorisées à ouvrir un livret d’épargne qu’en 1881 (alors que le livret A existe depuis 1818), elles ne disposent de leurs salaires qu’en 1907 (avant, cela revenait à « Monsieur »), elles ne sont autorisées à ouvrir un compte bancaire qu’en 1965, elles ne peuvent accéder à la Bourse qu’en 1967 pour spéculer. Cela fait donc seulement une cinquantaine d’années que les femmes ont le droit d’investir ! Autant dire que l’histoire n’est pas en notre faveur.

L’absence de role model

Une des conséquences est que nous n’avons pas de role model féminin dans la finance (jetez un œil aux films sur la finance comme Wall Street, Le Loup de Wall Street ou The Big Short, et trouvez moi une femme qui spécule, qui boursicote, qui engrange des millions ! Appréciez également ces affiches de films sur la finance…).

Dans le monde réel, tout au plus pouvons-nous citer Christine Lagarde qui fut ministre de l’économie (première femme à cette fonction dans un pays du G8…), directrice générale du FMI (Fonds Monétaire International) et de la BCE (Banque Centrale Européenne).

Et pourtant, de nombreuses femmes ont fait l’économie mais il semblerait que l’invisibilisation soit passée par là. Quel manuel d’économie parle de Frances Perkins ou de Rosa Luxembourg ? Ou encore de Mary Parker Follett qui proposa une conception bien plus moderne du travail que ses contemporains Fayol et Taylor ? Et tant d’autres ont également contribué à la théorisation de l’économie !

Une faible représentation des femmes dans l’économie

On observe ainsi que les femmes économistes sont environ 19% dans le Monde. En licence d’économie, on ne compte que 35% d’étudiantes aux États-Unis. La situation est un peu plus équilibrée en France jusqu’au Master avec 43% de femmes en licence 1 et 51% en Master 2. En revanche, elles ne sont plus que 38% en doctorat. Et, autant aux États-Unis qu’en France, ces chiffres tendent à diminuer au fil des années !1

Peu de femmes dans les métiers de la finance

Lorsqu’on regarde les métiers de la finance comme la gestion d’actifs, on semble littéralement avoir « perdu » des femmes entre les études et la vie professionnelle ! Ainsi, elles seraient 14,9% à être gérantes de portefeuilles dans le monde, et environ 9% aux États-Unis (chiffre en baisse régulière) et, au lieu de gérer, en toute logique 9% des actifs du pays, elles n’en gèrent que 2%. 2

Dans les études de gestion, il semblerait que les filles privilégient quant à elles la filière marketing par crainte des chiffres dans la filière finance (alors même que le marketing nécessite un bon bagage en mesures et statistiques).

Et pourtant…

Plusieurs études ont montré que les femmes gestionnaires d’actifs, du fait de leur prise de risque mieux maîtrisée, sur-performent par rapport aux hommes (1% sur les marché action3, ou 1.89% de plus que la moyenne globale sur les Hedge Funds d’après une étude KPMG de 2015).

Également, lorsque les femmes sont à la gouvernance des institutions bancaires, on y observe une meilleure stabilité (volants de fonds propres plus élevés, moins de créances douteuses et une plus forte résistance aux tensions).4

Enfin, lorsqu’il s’agit de trading, on observe à nouveau une meilleure performance des femmes5. Et surtout, on observe que les femmes se soucient plus de RSE (responsabilité Sociétale des Entreprises) ce qui crée des portefeuilles orientés vers une société plus juste.

Un frein supplémentaire : la technologie pour les nouvelles finances (cryptomonnaies, etc.)

Si en général, la part des femmes dans la finance diminue, nous pouvons nous inquiéter de la tournure que cela va prendre dans les années à venir avec le développement technologique autour de la finance. On sait que les femmes sont également moins représentées dans les secteurs techniques et technologiques, un frein vient donc s’ajouter à l’autre.

Pourtant, avec de meilleures performances et une orientation plus éthique, la finance et la société ont besoin que les femmes investissent ce domaine. Rien n’est pourtant fait pour inciter les femmes à rejoindre la filière finance (tandis que le mouvement pour les femmes dans la Tech est de plus en plus actif). Il existe en Allemagne quelques initiatives comme les Dagobertas mais rien de tel en France.

Que faire concrètement ?

Au niveau individuel, pour les femmes :

  • Commencer à faire des investissements sécurisés pour se familiariser avec la finance
  • Demander conseil à sa banque
  • Commencer avec de petites sommes « pour voir »
  • Pour celles qui sont déjà expérimentées : créer des cercles de femmes investisseuses pour profiter de l’expérience des autres et initier les nouvelles (voir les Dagobertas en Allemagne)
  • Aller jeter un œil sur les plateformes de cryptomonnaies comme EToro ou Kraken pour découvrir cet univers
  • Enfin, vous pouvez écouter ce podcast avec Eva Sadoun, une super role model pour les filles qui veulent s’engager dans la finance

Au niveau de l’éducation :

  • Sensibiliser au biais de genre les lycéennes (au moment du choix des spécialisations) puis les étudiantes en gestion lors du choix de la spécialisation (IAE, business schools, facultés, IUT ont un rôle clé à jouer)
  • Créer des cours de gestion financière personnelle pour les jeunes de 18-22 ans

Au niveau des banques :

  • Conseiller les clientes en mettant en avant des placements sécurisés dans un premier temps
  • Former les banquier.es aux différences de genre en matière d’investissements financiers et la psychologie de la finance (la rationalité étant toute limitée en la matière)
  • Maintenir les quotas de genre dans les conseils d’administration, surtout pour les institutions bancaires et financières
  • Instaurer les quotas de genre dans les CODIR des institutions bancaires et financières

Si vous avez d’autres idées, n’hésitez pas à les partager !

Si vous souhaitez un accompagnement, c’est par ici.

  1. https://blocnotesdeleco.banque-france.fr/billet-de-blog/economie-ou-sont-les-femmes
  2. https://www.optionfinance.fr/entreprises-finance/communaute-financiere/femmes-dans-la-finance-osez-plus/les-femmes-un-atout-performance-dans-la-gestion-dactifs.html
  3. https://www.jstor.org/stable/2696449?seq=1
  4. https://www.imf.org/external/french/np/blog/2018/091918f.htm
  5. https://www.capital.fr/votre-argent/les-femmes-gerent-mieux-leurs-investissements-que-les-hommes-432209

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